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Dégradation des terres et sécurité alimentaire au Sahel: Restaurer les sols pour nourrir durablement les populations

Dégradation des terres et sécurité alimentaire au Sahel: Restaurer les sols pour nourrir durablement les populations

  • 21 juillet 2026 /

Au Sahel, la dégradation des terres ne constitue plus seulement un problème environnemental. Elle menace directement la production agricole, les revenus des ménages ruraux, la cohésion sociale et la sécurité alimentaire.

Au Burkina Faso, entre un quart et un tiers du territoire national serait affecté par une dégradation importante des terres, soit environ 6,5 à 9 millions d’hectares. Parallèlement, près de 42 millions de personnes étaient confrontées à une insécurité alimentaire aiguë en Afrique de l’Ouest et au Sahel à la fin de l’année 2025. Ce chiffre pourrait atteindre 52,8 millions de personnes au cours de la période de soudure de juin à août 2026.

Des techniques comme le zaï, les demi-lunes, les cordons pierreux, la régénération naturelle assistée ou l’agroforesterie ont pourtant déjà permis de remettre en production des terres considérées comme improductives. Leur généralisation reste cependant freinée par l’insécurité foncière, le manque de financement, la faiblesse de l’appui-conseil agricole et la fragmentation des politiques publiques.

Une région dont l’économie dépend fortement de la terre

L’agriculture, l’élevage et l’exploitation des ressources naturelles occupent une place centrale dans les économies sahéliennes. Environ 65 % de la population active de la région travaille dans le secteur agricole. Au Burkina Faso, près de 80 % de la population dépend directement ou indirectement du secteur primaire pour son alimentation et ses revenus.

Dans ce contexte, la terre ne représente pas uniquement un facteur de production. Elle constitue également un patrimoine familial, une source d’épargne, un espace de pâturage et un filet de sécurité pour les ménages ruraux.

Lorsque les sols perdent leur fertilité, les conséquences dépassent ainsi les seules parcelles agricoles : baisse des récoltes, diminution des revenus, recul de la diversité alimentaire, insécurité alimentaire, vente du bétail ou des équipements de production et intensification des migrations.

Pourquoi les terres sahéliennes se dégradent elles ?

La dégradation des terres résulte d’une combinaison de facteurs naturels et humains.

La disparition du couvert végétal, le brûlage des résidus de récolte, le surpâturage, la surexploitation des parcelles et la réduction des périodes de jachère accélèrent la perte de matière organique et de nutriments. Les sols dénudés deviennent alors particulièrement vulnérables à l’érosion hydrique et éolienne.

Le changement climatique accentue cette dynamique. Les saisons des pluies deviennent plus irrégulières, tandis que les épisodes de sécheresse, d’inondation et de chaleur extrême se multiplient. Or, un sol appauvri retient moins efficacement l’eau et protège moins bien les cultures contre les variations climatiques.

La croissance démographique exerce également une pression croissante sur les ressources. L’extension des surfaces cultivées se fait souvent au détriment des pâturages, des forêts et des espaces de jachère. Dans certaines zones, l’urbanisation, les déplacements de populations et l’insécurité réduisent davantage l’accès aux terres agricoles.

Enfin, l’insécurité foncière limite les investissements de long terme. Un producteur qui n’est pas certain de conserver l’usage de sa parcelle sera moins disposé à mobiliser son temps et ses ressources pour restaurer durablement les sols.

Un cercle vicieux entre dégradation des sols et insécurité alimentaire

La dégradation des terres et l’insécurité alimentaire s’alimentent mutuellement.

Lorsque les sols deviennent moins fertiles, les rendements diminuent. La baisse des revenus qui en résulte réduit la capacité des ménages à acheter des semences de qualité, à acquérir des équipements ou à apporter de la matière organique aux parcelles.

Pour satisfaire leurs besoins alimentaires immédiats, les familles les plus vulnérables peuvent être contraintes de vendre leur bétail, leurs outils agricoles ou d’autres actifs productifs. Cette décapitalisation affaiblit leur capacité à faire face à une nouvelle mauvaise campagne agricole ou à un choc climatique.

La dégradation des terres n’est certes pas la seule cause de l’insécurité alimentaire au Sahel. Les conflits, les déplacements de populations, la hausse des prix et la diminution de certains financements humanitaires jouent également un rôle majeur. Elle demeure néanmoins un facteur structurel qui réduit durablement la résilience des ménages ruraux.

Des conséquences inégalement réparties

Les petits exploitants familiaux figurent parmi les populations les plus exposées. Disposant de peu de capital et de faibles capacités d’investissement, ils cultivent souvent de petites superficies et dépendent fortement des pluies.

Les femmes rurales jouent un rôle essentiel dans la production agricole, la transformation des produits et l’alimentation des familles. Leur accès sécurisé à la terre demeure pourtant limité dans de nombreuses communautés. Cette situation réduit leur capacité à réaliser des aménagements durables et à accéder aux financements. La raréfaction de l’eau, du bois et des produits forestiers non ligneux accroît également leur charge de travail.

Pour les jeunes, la baisse de rentabilité de l’agriculture renforce l’exode rural et réduit l’attractivité des métiers agricoles. Les éleveurs et les agropasteurs sont, quant à eux, confrontés à la réduction des espaces de pâturage et des couloirs de transhumance. La compétition pour l’accès à la terre et à l’eau peut alors alimenter les tensions entre agriculteurs et éleveurs.

Des solutions sahéliennes déjà éprouvées

Le Sahel dispose d’un important patrimoine de techniques de restauration des terres.

Le zaï consiste à creuser de petites cuvettes dans lesquelles sont déposés de la matière organique et des semences. Les demi-lunes, plus larges, permettent de retenir l’eau de ruissellement. Associées au compost ou à la fumure organique, ces techniques peuvent améliorer sensiblement les rendements.

La régénération naturelle assistée repose sur la protection et l’entretien des jeunes arbres et des rejets qui poussent naturellement dans les champs. Elle améliore la fertilité des sols, fournit du bois et du fourrage, protège les cultures contre le vent et restaure le couvert végétal.

Les cordons pierreux et les bandes enherbées ralentissent l’écoulement de l’eau, limitent l’érosion et favorisent l’infiltration. La mise en défens permet, pour sa part, de protéger temporairement une zone dégradée contre le pâturage ou la coupe du bois afin de favoriser la régénération de la végétation.

L’efficacité de ces solutions dépend toutefois de la disponibilité de la main-d’œuvre et de la matière organique, de la sécurisation foncière, de l’accompagnement technique et de l’implication des communautés.

Cinq priorités pour changer d’échelle au Burkina Faso

1

Territorialiser les politiques de restauration

Les investissements doivent reposer sur des diagnostics locaux. Les techniques promues doivent être adaptées aux réalités agricoles, pastorales, sociales et écologiques de chaque commune.

2

Sécuriser l’accès à la terre

La délivrance des attestations de possession foncière rurale doit être accélérée, notamment au bénéfice des femmes et des jeunes. La sécurisation des droits constitue une condition essentielle des investissements de long terme.

3

Renforcer l’appui-conseil agricole

Les services techniques, les instituts de recherche et les organisations paysannes doivent développer des formations pratiques sur le zaï, les demi-lunes, le compostage, l’agroforesterie et la régénération naturelle assistée.

4

Soutenir la gouvernance locale des ressources

Des conventions locales doivent encadrer l’accès aux pâturages, aux points d’eau, aux forêts et aux couloirs de transhumance. Elles peuvent contribuer à prévenir les conflits entre les différents usagers.

5

Harmoniser le suivi de la dégradation des terres

Le Burkina Faso doit se doter d’un système national cohérent combinant télédétection, cartographie et enquêtes de terrain. Des données fiables et régulièrement actualisées sont indispensables pour cibler les investissements et mesurer les résultats.

Restaurer les terres : un investissement stratégique

La restauration des terres ne doit plus être considérée comme une politique environnementale secondaire. Elle constitue un investissement stratégique dans la sécurité alimentaire, la lutte contre la pauvreté, l’emploi des jeunes, la résilience climatique et la stabilité sociale.

Les connaissances techniques existent. L’enjeu consiste désormais à les intégrer dans des politiques territoriales cohérentes, à sécuriser les droits fonciers, à mobiliser des financements durables et à confier aux communautés un rôle central dans la conception, la mise en œuvre et le suivi des interventions.

Pour le Burkina Faso et les autres pays sahéliens, restaurer les sols revient à protéger les récoltes, les revenus et l’avenir des populations rurales.

À RETENIR

•        Entre un quart et un tiers du territoire burkinabè serait affecté par une dégradation importante des terres.

•        Jusqu’à 52,8 millions de personnes pourraient être confrontées à une insécurité alimentaire aiguë en Afrique de l’Ouest et au Sahel entre juin et août 2026.

•        Le zaï, les demi-lunes, les cordons pierreux et la régénération naturelle assistée ont déjà démontré leur efficacité.

•         Le changement d’échelle dépend principalement de la sécurisation foncière, du financement, de l’appui-conseil et de la gouvernance locale.

Bibliographie et ressources complémentaires

  • Agence française de développement – AFD (2024). La Grande Muraille verte, au carrefour des enjeux de la COP Désertification. www.afd.fr
  • Agence française de développement – AFD (s.d.). Grande Muraille verte : l’initiative en trois questions. www.afd.fr
  • Africa Center for Strategic Studies (2022). La complexité croissante des conflits entre agriculteurs et éleveurs en Afrique de l’Ouest et centrale. www.africacenter.org
  • ADAA-ASE (s.d.), citant Reij, C., Tappan, G. et Smale, M. Re-Greening the Sahel: Farmer-led Innovation in Burkina Faso and Niger. www.adaa-ase.com
  • AGRHYMET/CILSS (2026). Fiche de communication régionale – Analyse du Cadre Harmonisé de décembre 2025. www.agrhymet.cilss.int
  • Alliance Sahel (2025). Mobilisation conjointe face au changement climatique au Sahel. www.alliance-sahel.org
  • Banque africaine de développement – BAD (2024). Initiative de la Grande Muraille Verte. www.afdb.org
  • CENOZO (2024). Burkina Faso : demi-lunes, quand la technique favorise l’agriculture productive au Nord. www.cenozo.org
  • Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification – CNULCD, citée par AllAfrica (2023). Dégradation des terres en Afrique. www.fr.allafrica.com
  • e-changer.org (s.d.). Les femmes et l’accès à la terre, un vrai défi au Burkina Faso. www.e-changer.org
  • FAO (2018). La récupération des terres dégradées est une priorité pour le Burkina Faso. www.fao.org
  • FAO (2024). Inondations dans les pays du Sahel : quel impact sur l’agriculture et la sécurité alimentaire ? www.fao.org
  • FAO (2025). La Situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture 2025 – La dégradation des terres. www.fao.org
  • FAO/Open Knowledge Repository (2025). État des ressources en terres et en eau du monde pour l’alimentation et l’agriculture 2025. www.openknowledge.fao.org
  • FAO (2026). Afrique de l’Ouest et Sahel : près de 52,8 millions de personnes feraient face à l’insécurité alimentaire aiguë. www.fao.org
  • FAO (s.d.). Consolider la résilience à l’insécurité alimentaire et nutritionnelle au Sahel et en Afrique de l’Ouest. www.fao.org
  • Farm Radio International/Barza Wire (2017). Burkina Faso : régénérer les terres dégradées grâce au zaï et aux demi-lunes. www.wire.farmradio.fm
  • Fasocheck (2024). Le Burkina Faso perd-il vraiment 300 000 hectares de terres par an ? www.fasocheck.org
  • IED Afrique (2024). Burkina Faso : des pratiques agricoles endogènes pour atténuer les effets du changement climatique. www.iedafrique.org
  • Inter-réseaux Développement rural (2020). Les enjeux de la mise en œuvre de la loi portant régime foncier rural au Burkina Faso. www.inter-reseaux.org
  • Koloma, Y./Munich Personal RePEc Archive – MPRA (2022). L’assurance récolte au Sahel : des difficultés de diffusion face aux stratégies de sécurisation des moyens d’existence des agriculteurs au Burkina Faso. www.mpra.ub.uni-muenchen.de
  • Mongabay (2025). Burkina Faso : la dolomite, une solution contre les terres dégradées. www.fr.mongabay.com
  • NetAfrique.net (2026). Réorganisation agraire et foncière au Burkina Faso : la nouvelle loi, un rempart contre les dérives. www.netafrique.net
  • Programme alimentaire mondial – PAM (s.d.). « Nourrir des millions de personnes » : comment la restauration des terres peut changer la situation au Sahel. www.fr.wfp.org
  • Programme alimentaire mondial – PAM (s.d.). Alors que les hommes émigrent pour de nouvelles opportunités, les femmes luttent contre le changement climatique au Niger. www.fr.wfp.org
  • Revue SESAME/INRAE (2024). La crise du Sahel est-elle une crise agraire ? www.revue-sesame-inrae.fr
  • Sénat français (2023). Sahel : pour une approche globale. www.senat.fr
  • SOS Sahel (s.d.). Combattre la désertification au Burkina Faso. www.sossahel.org
  • TENFOREST (s.d.). Droits fonciers des femmes rurales au Burkina Faso. www.tenforest.bf
  • The Conversation (2026). Au Sahel, la difficile équation entre la terre, l’eau et les populations. www.theconversation.com
  • Programme des Nations unies pour l’environnement – PNUE (s.d.). Une muraille verte pour promouvoir la paix et restaurer la nature dans la région du Sahel. www.unep.org
  • Wallonie-Bruxelles International (s.d.). Désertification ? La mise en défens des terres, une technique éprouvée au Burkina Faso. www.wbi.be
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